Si les amours m’étaient contées

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Elle est dans son canapé. Entourée de ses chats, en train de boire du thé. L’ordinateur n’est pas loin. Il n’est jamais loin. Il chauffe le plaid qu’elle a. Elle prend sa tasse avec délicatesse et cela se voit qu’elle réfléchit encore et encore. Elle ne joue pas à un jeu avec moi. Elle parle, parfois doucement, parfois fort. Elle a des idées politiques très fortes et bien définies. J’aimerais bien lui ressembler quand elle parle de politique. Je suis plus mesurée. J’ai plus peur qu’elle. Je la vois dans un lit, sur une plage, dans un train et une gare. J’ai encore parfois du mal à lui donner la main en public, parce que moi j’ai peur. Mais au bout de quatre ans et demi, ça serait bien d’arrêter d’avoir peur. Elle fait des cadeaux supers alors qu’elle n’a pas de fric, elle fait la mouette, elle me motive à partir en vacances. Elle accepte que je sois mal et une tocarde sur le travail. Elle ne sait pas ce que c’est la bipolarité, mais j’ai souvent l’impression que c’est elle qui comprend le plus. J’ai de la chance. Elle n’a pas jugé quand je suis repartie avec l’ex toxique. Elle n’a pas jugé quand j’ai raconté que l’homme au podcast était encore toxique. Elle a essuyé mes larmes quand j’ai dû à nouveau me séparer de lui. Je la vois faire des volutes dans la cour de son appartement. C’est beau. Ça la rend sexy. Elle est celle qui me pousse le plus à être moi, à accepter que j’ai envie de choses que je ne dis pas tout haut. C’est bien de l’avoir dans ma vie. C’est sûrement la chance qui fait ça. Ou alors c’est qu’au fond je le méritais un peu.

Je le regarde en train de fumer par sa fenêtre de chambre. Il a les cheveux emmêlés et j’ai envie d’y passer ma main. Il parle de Marx, de l’Algérie, de la dernière soirée avec une voix grave. Il se retourne parfois pour vérifier que je suis toujours là, que je l’écoute, à moitié nue dans son lit. On s’est rencontrés à la fête des voisins. J’étais en fin de dépression et je n’avais pas le droit de commencer une nouvelle relation. J’ai attendu quelques semaines. Il m’a embrassé en bas de chez moi un soir d’août. J’ai toujours su que ça irait loin, même si nous sommes différents en tout point sur nos vécus. Il a eu envie de me tenir la main, même s’il savait pour le diagnostic. Il n’a pas eu peur. Quand il me parle, il ne m’explique pas, il parle et puis il écoute. Il écoute beaucoup. Il m’écoute, parce qu’il veut me comprendre, il m’écoute parce qu’il veut que cette relation fonctionne. Il vient avec ses bagages sans les imposer, il vient avec ses démons qu’il tente de maîtriser. Il a une sagesse que je souhaite à tous. Il fume par sa fenêtre. Je le regarde et l’écoute. Et le temps s’est arrêté. Mon cœur chavire comme au premier jour de cette rencontre. Je te regarde fumer et je sais.

Cette vie au pluriel, avec toutes et tous, est sûrement la meilleure chose qui me soit arrivée. De vivre toutes ces découvertes, de ressentir toutes ces amours. De vivre pleinement ce que j’ai envie de vivre. Ça valait quand même le coup de tout casser pour faire ça.

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