Le chat et les transports

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CW : décès d’un chat, angoisses et transports. Pas d’évocation de scène de fin de vie, pas de récit sur une crise d’angoisse.

Je sais que j’écris quand je suis dans une période de up/d’euphorie/d’hypomanie. Rayez la mention inutile. Le moment où je suis heureuse le matin, où je dors peu et où le monde me parait un peu moins con, j’écris. J’ai envie d’écrire le plus possible. Ce n’est pas bon. Mais on tente. Faut repartir tranquillement. Alors quand la crise est finie, je tente de continuer d’écrire.

Bizarrement, j’ai fait une descente express dans la vie normale. J’ai retrouvé le rythme de sommeil, les émotions contrôlées, j’ai pu aller à des réunions importantes, faire cours et corriger des copies. La vague est passée. Jusqu’à la prochaine. Puisque je crois que je suis « condamnée » à faire des vagues.

Je vis des moments difficiles en ce moment. Et cela n’a rien à avoir avec la bipolarité ou/et avec mon mode de vie. Ce sont des micro-bombes que tu ne vois pas arriver. C’est donc ainsi que mon chat aîné nous a quittés brutalement. Enfin brutalement… Il avait seize ans. Il était doux, sonore et surtout il était celui qui me permettait de contrôler mes crises d’angoisses. J’ai perdu mon support émotionnel, celui qui m’a sauvé plusieurs fois quand je pensais que cette crise de panique était la dernière. Il dormait sur ma tête, sur ma cuisse et sur mon cœur. Il savait. Quand je suis restée dix mois dans mon lit, il était là. Il savait.

Ce chat était le cadeau du père de mon fils quand nous sommes arrivés à Toulouse. Quel drôle de chat. L’association ne voulait pas nous le confier car nous étions de simples étudiants sans le sous. Et puis l’Ex s’est battu. Il m’a ramené le chat. Il est devenu mon chat. Notre chat. Le chat aimait miauler. Fort. Il occupait un espace plus grand que lui. Il laisse un vide incommensurable.

J’ai perdu mon compagnon de route, sans que cela n’affecte pour l’instant ma santé psychique profonde. Je pleure. Je suis triste. Mais je tiens.

Je fais comme tout le monde : je peste, je demande des conseils, je fais des plans, je ris, je souris, je prends du plaisir, je fais des erreurs. Mais je le fais. J’essaye de ne pas jouer à la comédie. Mais j’ai du mal à accepter que mon chat me fait pleurer autant alors que l’actualité est immonde.

La seule trace de mon angoisse réside dans les transports en commun. On en parle peu, mais je sais qu’on est nombreux et nombreuses. Je ne peux pas prendre les transports sans valium. C’est aussi pour cela que ce blog s’appelle ainsi. Imaginez que tous vos déplacements en transport soient ponctués de l’impression que vous allez mourir, maintenant, tout de suite, dans la ligne 13 au milieu de Madame Tout Le Monde et de Monsieur Richard. Chaque moment devient une panique. Je sors en général en courant du métro avant d’avaler mes pilules. Plus ma vie est complexe, plus je vis cela. C’est la moitié de la vague. Je n’ai pas eu ça pendant plusieurs mois, j’étais stable et là, c’est revenu. Cela m’handicape. Cela me bouffe ma journée. Je marche beaucoup, je sors en panique de la rame de métro en écrasant des pieds. Laissez passer l’angoissée. Laissez passer la meuf qui panique. Désolée pour vos pieds.

Plus j’accumule des angoisses, moins je peux prendre les transports. Je dépasse les dix kilomètres par jour à pieds : je ne prends plus le tram pour aller au travail. Je marche. Le soir, j’étais accueillie par mon chat. Il n’est plus là.

Il n’y a pas de grands discours, de grandes morales à cet article. On peut juste dire que la vie s’arrête, que ça laisse un vide, et puis parfois on ne peut pas gérer son angoisse. Alors on recommencera. Beaucoup de mes proches me disent qu’ j’ai parcouru un chemin incroyable en deux ans. Moi je ne vois que le présent. Je ne peux pas me déplacer.

Je vais repartir au front, je vais affronter les crises. Je vais encore le faire. Mais je crois que personne ne se doute de l’énergie que cela demande. Et surtout, personne ne voit la bataille interne pour retrouver un équilibre.

Pas de grand discours, pas de grande morale, seule face à soi-même. Encore

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