Mettre un pied à l’hôpital.

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TW : hôpital psy sans violence physique, mention de médicaments.

Fin septembre, j’ai dû faire un petit tour aux Urgences de Saint Denis : tsoin tsoin. Toujours un moment de grand bonheur, entre des mecs agressifs et une attente sans nom.

J’y suis allée car ça faisait cinq jours que je ne mangeais plus, que je ne buvais presque plus, que je vomissais, que j’avais une température délirante. J’avais bien vu ma médecin. Qui avait décidé que ça allait passer. Mais samedi c’est parti en cacahuètes.

Me voilà donc dans un box à 23h en train de sortir tous les traitements qui concernent la bipolarité et les autres. Les infirmières notent. Et la médecin arrive.

Je ne sais pas ce qui s’est passé avec cette médecin, mais pendant une minute, j’ai cru en l’humanité. Avant de donner sa décision, elle m’a laissé seule dix minutes et j’ai commencé une crise d’angoisse. Je me disais : « tu te rends compte, c’est la première fois qu’on te croit même si ça ne concerne pas ton humeur. » Et je pleurais. Et quand j’angoisse, je me griffe les cuisses. Et t’as pas envie de voir ça.

Elle est arrivée quand je pleurais. Elle m’a demandé si j’allais bien et je lui ai dit que j’étais heureuse d’être crue et d’être vue comme une personne normale.

Elle regardait comment je griffais :

« vous faites ça depuis longtemps ?….

– Oui. Depuis l’hôpital psychiatre. »

L’hôpital psychiatre m’avait appris à me griffer à sang. Oh, ce n’était pas forcément leur faute. Mais leur système de merde m’a appris à me faire mal sur les cuisses et sur la main. .

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Le 9 mars 2022, j’arrive comme une blanche colombe à l’hôpital du nord de Paris. Non, ce n’était pas Sainte Anne. Rapidement, on fait l’inventaire de mes affaires, comme moi je le faisais sur les enfants en colonie. On me confisque mon portable, mes clopes, mon briquet, tous mes médicaments (Doliprane, allergie), on range mes écharpes loin. Quand j’ouvre le placard, je vois un câble blanc de minimum deux mètres. Je dis « ça doit être hyper pratique votre truc là…. » elles le prennent et le notent. Tout est noté. J’avais emmené du vernis pour m’occuper. C’est noté er confisqué. On m’autorise le taille crayon car je colorie.

Je suis dans une aile particulière : juste pour les bipolaires. On a chacun.e nos chambres individuelles et certains partent en sismographie tôt le matin, parce que oui, les électrochocs, ça existent encore. Mais on parle de révolution et de douceur maintenant. Autre particularité : je reste du lundi au vendredi puis je repars pour tester en famille mes traitements et tout le reste (ça c’est une bonne idée )

Une interne vient me voir tous les jours. Ce n’est pas contre elle, mais elle ne sert à rien. Elle ne note rien. Elle écoute. Elle n’a pas de grille du style Biba.

On me prend mes constantes trois ou quatre fois par jour. Au saut du lit, le midi, à 16h au moment du goûter et le soir. Les aides soignantes sont gentilles. J’ai juste l’impression d’être prise pour une con. La même chose pour les infirmières. On me parle fort et lentement. Faut dire qu’avant de savoir si j’étais dans une grave crise suicidaire, on m’a « pété » la gueule, comme je dis, en me donnant les pires médocs de la terre pour me « calmer ». Me calmer de moi sûrement.

Nous sommes le 10 mars. Je suis un zombie. Mon ex mari ne me reconnaît pas lorsqu’il me rend visite. Mais ça tombe bien parce que moi aussi, je ne le reconnais pas.

Le mardi, c’est un jour important. Ça claque dans le couloir. Ce sont les talons de la grande Cheffe suivies des autres talons, qui claquent moins forts. On reste chacune (mes copines, on y reviendra) dans notre chambre et on est appelé par l’aide soignante. On m’a dit qu’il fallait bien présenter. C’était important pour sortir.

J’y vais. Je suis devant un parterre de psychiatres, psy, infirmière et aide soignante. Ça rigole en disant « roooooh non on ne va pas faire tribunal, mettez vous sur le côté. »

Spoiler alert : c’est un tribunal. C’est un tribunal médical extrêmement bien rodé avec des codes précis et des prises de paroles calibrées.

La première fois, je sais que je ne vais pas sortir, l’enjeu est minime. Je peux faire ce que je sais faire le mieux : badiner. Un petit rire par ci, une petite référence à un.e intellectuel.le de ce côté là. Je sais que je montre ainsi que j’appartiens à la même classe sociale, cela ne fait rien sur le coup. Mais ça pourra aider plus tard.

A la fin de l’entretien, la grande Cheffe dit que j’irais bien en weekend, que je reviens bien sûr lundi et là…

« Comme le diagnostic est récent, j’aimerais rencontrer votre ex mari et votre père. « 

Ma mère , je sais pourquoi non, mais mes sœurs ? Mes copines ? Non. Mon père et mon mari.

Je donne les numéros, parce que je n’ai pas le choix. Je me lève et je ferme la porte.

C’était la semaine une. C’est déjà long.

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