Mon psychologue me regarde pleurer. Encore une séance où je ne peux rien sortir. Je pleure car mon métier me manque, je pleure parce que je ne peux pas éditer, je pleure parce que je suis un poids pour mes amis, je pleure pour mes Amours qui ne savent plus quoi faire. Je pleure pour mon fils, qui ne mérite pas une mère malade. Je chiale encore et encore, sans pouvoir m’arrêter, sans pouvoir avancer.
« Coline, ça serait bien d’aller voir une psychiatre. Vous êtes au bout. »
Je n’étais tellement pas au bout de ma tristesse, de mes pensées noires. On est en décembre. Je suis en arrêt depuis presque deux mois, et je ne suis pas au bout.
Je sais très bien qu’en allant voir une psychiatre, je vais mettre le pied dans des questions normatives, qu’on va disséquer ma vie. Et surtout, je sais ce qui va tomber comme diagnostic. Pas une dépression. Pas un burn out. Mais une casse bien plus inconfortable.
Stromae m’avait déjà touchée en plein cœur. Et avant de partir à la mer avec mon amant, j’ai vu la psychiatre.
Quelques questions de routine et puis quelque chose de plus profond arrive. Je le sens. Dans son cabinet de bourgeoise, où elle tombera devant moi avec son talon de 12, je n’ose respirer. Elle refait l’ensemble de ma vie. Les dépressions. Les traumas. Faut tout dire. Tout. Et puis arrive le fameux questionnement que je connais, car je l’avais consulté un an plus tôt.
Un an plus tôt, lors d’une nuit d’amour, j’avais confié à l’amant, que je sentais que j’étais bipolaire. Je regardais ma vie, hors normes, et je sentais que mon énergie n’était pas la bonne. Elle n’était pas celle des autres. J’avais regardé ce fameux questionnaire à mourir de rire. Pour savoir si j’étais comme çi ou comme ça. Et puis la dernière question a arrêté de me faire rire « a quel point vous avez eu des problèmes familiaux, légaux et économiques en lien avec les questions d’avant ? »
Je m’entends dire encore « un divorce ça compte ?…. » Bien sûr qu’un divorce ça compte. Et même triple. Les mensonges, les tromperies, la rancœur, l’ex mari qui tente de s’adapter à chaque changement d’humeur. Bien sûr qu’un divorce, ça compte.
Quand je termine ce questionnaire, et que je lui redonne, j’entends dans la minute « oui, alors, nous sommes sur une bipolarité de type 2. On va commencer le traitement dès ce soir. »
En répondant à douze questions, en une fraction de secondes, je me suis retrouvée de la case dépressive à la case bipolaire, et ce n’était pas du tout la même musique.
C’est quelle médecine qui vous fait remplir un questionnaire à la Biba et qui décide de ce que vous êtes ? Alors que je vois émerger de partout des critiques sur les auto-diagnostics, je comprends mes adelphes. Est ce que nous avons vraiment envie d’être disséquée pour être crue ? Pour avoir un diagnostic, pas forcément fiable. Dans mon parcours, j’ai rencontré de nombreuses personnes bipolaires, où le diagnostic était faux, où on ne sait pas si c’était borderline ou hypersensible. Et pourquoi pas de l’autiste ? Chaque parcours vient toucher en plein cœur nos vies. Parce qu’être bipolaire, ce n’est pas avoir une jambe cassée. Ce sont des souffrances, beaucoup, des moments que personne ne veut connaître, la fange, on se roule dans nos traumas, dans nos peurs, dans nos angoisses. On se met en danger. On perd des proches. Je ne souhaite ça à personne alors que je sais que la bipolarité est ma singularité.
Vous êtes bipolaire.
Ça tombe comme ça. Il est 11h, et ça tombe. T’es prête à rien. On te donne une ordonnance. Et salut la compagnie !
L’amant m’emmène directement à la mer. Le coup est trop fort. Même si je me doutais, ça tombe, comme ça, après un questionnaire à la con. Je refuse de prendre mes médocs. Il faudra les yeux de mon fils qui me voit dans mon lit, pour accepter.
Comment c’est possible de diagnostiquer quelqu’un.e avec un questionnaire ? La suite est encore plus savoureuse.
La dépression pendant ma grossesse ? Un down
La reprise d’une activité sexuelle après l’accouchement ? Un UP.
Pleurer à la reprise du travail ? Un down, c’est connu c’est hyper facile après l’accouchement
Un amant, une amante ? Un UP, comme si j’étais là seule à avoir fait de la grosse merde avec son mari
Écrire un livre en six semaines ? Un UP alors que pas le choix.
Faire la fête, boire, fumer ? Un UP : une mère de famille quand même…
Être engagée politique ? Si l’activité est simple, c’est normal, sinon c’est un UP.
Tout est décortiqué. Et alors qu’on faisait remonter ma bipolarité à mon accouchement (bien plus courant que ce qu’on pense. J’en ai rencontré trois…), ma psychiatre décida de remonter ça à 2007 alors que je venais de me faire agresser sexuellement par les militants de l’UNEF. C’est vrai qu’une dépression avec une agression sexuelle, c’est rare. (Lol)
Tout devient une pathologie. Tout devient une analyse. Tout est psychiatrisé.
Avons-nous vraiment besoin de ça pour nous sauver par nous même ? Je rêve de passer mes souffrances chez moi, mes up chez moi, d’être en sécurité sans me gaver de médicaments. Avec mes proches. Avec mes Amours. Avec mon fils. Parce que c’est avec eux que je me sens le mieux.




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