Je ne pourrais pas dire depuis combien de temps j’écris sur internet. J’ai un vague souvenir en seconde. Peut-être avant. J’écrivais déjà sous le pseudonyme Paradoxa, qui me permettait de cacher mes paradoxes et de parler de doxa… J’avais déjà un gros cerveau. (Non)
Du plus loin dont je me souvienne, j’ai toujours eu l’impression d’être en décalage avec les autres, d’être un paradoxe pour elleux sans vraiment de plan de vie, sans vraiment de ligne directrice. Alors j’écrivais. Beaucoup. C’était globalement mauvais, peut être comme maintenant. Mais je couchais sur mon clavier mes pensées. J’étais en vie.
J’étais là. C’était déjà pas mal d’être là. De vivre des grands moments, des grandes victoires, des défaites cinglantes et des humiliations bien senties. J’étais là dans ma chambre d’ado, à compter les jours où je pourrais enfin vivre ma vie. J’étais là dans ma chambre étudiante, à rêver d’études qu’on me refusait. J’étais là dans mon appartement, avec mon mec, mes chats, à écrire les paradoxes d’une vie bien rangée alors qu’à l’intérieur, c’était l’incendie qui consumait les traumas et qui donnait de l’élan à la vie.
Des années que je n’avais pas écrit. Même pas envie de reprendre l’ancien blog qui me file une honte monumentale. Ce n’est pas parce que j’ai dit de la merde. C’est surtout que je ne suis plus du tout la même. J’ai radicalement changé en trois ans. Certain.es diront que je me suis retrouvée. Je m’étais bien perdue dans les ruelles de l’hétéronormativé et de la bourgeoisie blanche au petit capital culturel et économique. J’ai longuement écouté cette petite musique. Extrêmement plaisante, je dois l’avouer. Avec de beaux moments et de belles rencontres. Une musique agréable et légère, qui s’est transformée en énorme tintamarre dans mes oreilles, au point d’avoir envie de débrancher le disque le plus vite possible.
Mais peut-on vraiment débranché quand on a monté l’ensemble de l’escalier ? Quand on a coché « mariage, appart, enfant » en moins de cinq ans ? Sincèrement, aujourd’hui, quand je me retourne, je n’en suis plus à me dire « mais qu’est ce que tu as foutu ? », mais je ne cesse de me répéter « tu aurais pu faire mieux si tu t’étais écoutée ».
Comment regretter l’impossible : je ne peux pas décemment dire que je regrette cet enfant, mon enfant, la lueur au milieu de ma nuit, la raison principale qui me tient en vie. C’est pour lui que je continue à dire que je suis là. Que je suis vivante. Que je m’accroche. Ce sont ses jeux, ses fous rires et son intelligence qui me font dire que l’escalier était une bonne idée. L’escalier que j’ai grimpé avec son père, mon ex mari mais surtout mon coloc actuel. Rien que pour ces deux raisons, j’ai bien fait, une fois dans ma vie, de me ranger et de suivre le chemin tout tracé. Parce que les voir tous les deux, dans mon quotidien, est ce qui m’a sauvé.
Car il a fallu que je me sauve de moi-même. Il a fallu affronter mes peurs, mes traumas, les diagnostics, les hôpitaux psys. Et on ne pouvait pas le faire pour moi. Si les deux ont fait comme ils ont pu, d’autres sont venus en renfort pour me tenir la main, me prêter une épaule, éponger mon visage plein de larmes, m’emmener à la mer, m’acheter des kangos, me dire que j’étais belle, intelligente et importante, me faire l’amour, accepter que je ne puisse plus me déplacer, courir après un sac que je n’avais pas perdu, m’envoyer des messages, des fleurs, des gifs, des mots doux, me passer des coups de fil, accepter que j’annule des rendez vous, accepter que je sorte d’un métro d’un coup parce que c’était sûre j’allais mourir là, maintenant, et en plus, j’allais bloquer la rame. Mais mon fils qui me tient la main alors que je ne peux même pas me lever pour pisser, c’était la plus belle déclaration d’amour que j’ai reçue. Et c’est aussi pour ça que j’étais heureuse d’être vivante.
Il y a maintenant deux ans, j’ai fait une très grave dépression. J’ai aussi reçu un diagnostic flippant à 35 ans. J’ai été rangé dans la case bipolaire. Et j’ai dû revoir entièrement ma vie. Mes priorités. Les gens qui pouvaient m’accompagner. Ceux et celles que j’ai perdu sur le chemin. J’ai dû faire des choix drastiques sur ma vie pour ne plus jamais avoir envie d’en finir. J’ai dû accepter de me soigner, de prendre soin de moi, car on ne guérit pas. On accepte.
Alors ce blog, Paradoxes et valium, il me fait rire. Je n’aurais pas de grandes envolées politiques à chaque billet, mais il me permettra de parler de ce que c’est d’avoir un diagnostic si tardif, de ce que ça change avec les proches, avec l’Enfant et avec les Amours et les ami.es.
Mais ce que je souhaite par dessus tout, c’est de porter un message politique. Ce n’est pas parce que je suis folle pour la société que je n’ai pas toute ma tête, que je ne suis pas très consciente de ce qui se passe autour de moi. Avoir un trouble de l’humeur ne me fait pas devenir un sous-humain ou une personne faible.
Je me trouve d’ailleurs bien plus forte que la plupart des gens que je rencontre. Parce que je me connais et que je m’affronte. Ce qui n’est pas le cas de 99% des mecs que je rencontre.
C’était un long billet. Sans plan. Sans fin. Il fallait bien commencer par quelque chose.
Un coming-out bipolaire, c’est déjà pas mal.
On fera sûrement mieux la prochaine fois.




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